S’envisager. Visages, héritages et transmissions

Séminaire fédérateur du CREG 2021-...
 
200 Elemente regieren ein Menschengesicht, darunter 26 Muskeln. Die meisten dieser Elemente sind unbeherrschbar. Es ist eine Kunst, aus diesem sich selbst regulierenden Fluß einen Gesichtsausdruck hervorzuzaubern und auch nur auf kurze Zeit aufrecht zu erhalten. Wenn einer mit Tesaband diese Bewegung fixiert, zeigt sich, daß wir auf der Frontseite unseres Kopfes, unterhalb der Stirn, ein Kaleidoskop mit uns tragen und kein „Gesicht“. Das Foto hält den Augenblick, das Klebeband den Ausdruck fest.So wird aus dem Gesicht des Künstlers an einem gewöhnlichen Montagmorgen des Jahres 1966 ein Zwangsarbeiter von 1944, ein Kardinal von 1492 oder ein Komödiant des Weimarer Theaters von 1799. Das Tesaband ist keine Bekleidung, sondern eine Entkleidung aufgrund des allseitigen und ständigen Bewegungsstroms, der „Wellenstruktur des Gesichts“, die plötzlich festgehalten wird. GESICHT ist insofern ja eine falsche Bezeichnung, da der Riechrüssel, die Schnauze, die Ohren an den Seiten des Kopfes und die Weidefläche der Wangen mit den Augen stets wetteifern. Einige der Muskeln, die der Pokerspieler zur Zähmung des auch in seinem Gesicht tätigen Stroms benötigt, sind auf der Mitte des Schädels positioniert. Sie stammen ab von jenem Muskelturm (eines Vorfahren des Turms zu Babel), der bei den Tieren, die uns vorausgehen, und den Frühmenschen einen Schutzhelm des Zorns und des Vergnügens bildete und der die Vorderseite des Tiers (oder späteren Zweifüßlers) beherrschte. Es war noch lineare Kraft im Gang und nicht Spiel, so wie man heute sagt: Mienenspiel.
Alexander Kluge, Elf Geschichten für Gerhard Richter zum Jahr 1966  [monopol2/2012]


Étymologiquement, en français comme en allemand, le visage (das Gesicht) est ce que l’on présente à la vue de l’autre dans le «vis-à-vis».Condition sine qua nonde toute relation à cet autre, le visage peut s’interpréter comme un appel à la stigmatisation et au meurtre (Hegel) ou comme une interdiction de tuer (Levinas), mais il demeure la premièremanière de définir l’humanité de l’homme, ses potentialités etses paradoxes. Le visage est tout à la fois singulier et pluriel. Il s’inscrit en même tempsdans la physiologie, la matière de ses muscles, de sa peau, ses traits,et dans “l’immatérialité” de son expression,de son regard et sa voix. Le visage renvoie sans fin d’un regard sur soi à un regard hors de soi et à une exposition de soi. Certains visages peuvent se lire à livre ouvert, d’autres se dérobent. Il y a des visages bienveillants et des visages malveillants, qui parfois sont les mêmes. Des visages hérités,transmis, transformés, décomposés, recomposés, retouchés, rectifiés, inventés...
 
Si le visage est une réalité banale, de celles qu’on croise tous les jours profusément, la question du visage n’en reste pas moins d’une extrême complexité et d’une actualité récurrente, tant au sein de la société civile quede nombreuses disciplines. Ainsi cette question est-elle susceptible de faire se croiser entre autres la génétique, la clinique, la psychologie, la philosophie, l’anthropologie, la linguistique, la littérature, les sciences de l’image, les arts visuels, la civilisation, l’histoire culturelle et interculturelle, l’histoire du droit. À l’âge du non-humain et des nouveaux matérialismes, dans une société high-tech et hypermédialisée qui dispose des moyens techniques (numérique, images de synthèse, chirurgie plastique) pour le transformer infiniment, la question se pose de l’effacement programmé (ou non) du visage.
L’exposition Das Gesicht. Eine Spurensuche, organisée au DHMD (Deutsches Hygiene-Museum Dresden) de septembre 2017 à février 2018, proposait d’explorer le nouveau rapportau visage en ce début de XXIe siècle, ses effets sur l’image de soi et sur les formes de la communication interhumaine. Qu’advient-il du visage dans une société où il n’est plus perçu directement mais affiché “en multiplexe”sur des écrans de toutes les tailles, entre portraits géants et miniatures selfisées ? Face à l’hypermédialisation, à ses brouillageset à ses créations, le visage peut-il encore se révéler et être reconnu, parle-t-il encore ? Est-il encore miroir de l’âme et des émotions ? Miroir de l’âge ? À partir de quand le visage se défait-il ?

Ce séminaire filé CREG permettra de poursuivre et d’actualiser ces interrogations et leurs réponses dans le contexte de la COVID19 et du confinement. En quoi les impératifs du masque et du distanciel vont-ils ou peuvent-ils eux aussi rebattreles cartes du visage ? Le séminaire fédérateur «Le visage entre héritage et transmission » s’inscrirait dans le prolongement de divers travaux menés en Allemagne et en France durant la décennie 2010 : pour exemples, Das Gesicht als Artefakt in Kunst und Wissenschaft (Leibniz-Zentrum für Literatur-und Kulturforschung, 2013-2015) et Invention des traces. Enjeux mémoriels du portrait (dans le cadre du projet 2016-2020 Temps-espace-matière du laboratoire PLH-Patrimoine, Littérature, Histoire).
 

Responsables scientifiques : Hilda Inderwildi (CREG UT2J), Hélène Leclerc (CREG UT2J), Katja Wimmer (CREG UPV)
 

Programme 2020/2021 :

Programme 2020/2021 & 2021/2022 :

Quelques axes de réflexion possibles :

 
  • Visage, identité, reconnaissance
  • Le visage au miroir de la famille(hérédité, ressemblance)et de la société
  • Visage et paysage
  • Visage, présence, absence. Traces et effacement du visage
  • Visages, portraits, photos d’identité
  • Visage et émotion
  • Maux et mots du visage(«gueules cassées»...)
  • Le visage entre mobilitéet fixité (visage au naturel et maquillé, visage lifté et non-lifté, visages et portraits)
  • Traduction du visage
  • Les excès du visage
  • Visages entre intériorité et extériorité.
  • Visages et religiosité
  • Das Gesicht: eine falsche Bezeichnung?