Gegenkulturen in Berlin von 1960 bis heute

Publié le 21. März 2014 Mis à jour le 5. März 2021
du 1. Februar 2012 au 4. Februar 2012

Internationales Kolloquium

Symbole de la division de l’Allemagne puis laboratoire de la réunification dans les années 1990, désormais ville ouverte sur le monde (Weltstadt), la capitale allemande ne cesse de fasciner les milieux artistiques, avec son paysage marqué par les fractures historiques et sa pratique proprement berlinoise depuis la seconde moitié du XIXe siècle d’une « culture de la contre-culture » adossée à de forts mouvements de contestation et des esthétiques en rupture, urbaines, riches et protéiformes. Réunissant des spécialistes de l’Allemagne et des sciences théâtrales, universitaires, dramaturges et traducteurs, français et étrangers, le présent colloque propose d’explorer les stratégies d’affirmation, les dynamiques spatiales et les temporalités des contre-cultures de part et d’autre du Mur, avant et après sa chute.

Dès les années 1960, l’enclave de Berlin-Ouest est non seulement un lieu propice à la créativité, favorisant l’émergence de mouvements d’avant-gardes, de scènes alternatives et de cultures underground – entre contre-culture et subculture – mais aussi un espace privilégié d’expression pour un théâtre et un cinéma politiques protestataires nourris des textes et des actions de l’Opposition extra-parlementaire (APO): les happenings étudiants et le théâtre de rue génèrent une contre-culture théâtrale ex-territorialisée renouant avec la performativité d’une certaine agitprop weimarienne, tandis qu’avec la Schaubühne de Peter Stein, l’institution s’ouvre à des groupes sociaux habituellement absents des enceintes du théâtre dominant, pour retrouver certaines conceptions radicales des collectifs socialistes voire révolutionnaires des années 1930. À ce même tournant des années 1960-1970, le cinéma engagé de Berlin-Ouest s’inspire de théories et de pratiques politiques et esthétiques souvent issues du brechtisme pour promouvoir un nouveau cinéma réaliste sur la vie et les luttes des ouvriers et des chômeurs, allemands ou immigrés. Dans un registre différent d’intervention et de conscientisation esthético-politique, des plasticiens sporadiquement berlinois comme Wolf Vostell entament dans leurs installations et « environments » un travail critique sur la société de consommation et ses emblèmes en s’attaquant directement à la perception quotidienne de l’environnement urbain.

À Berlin-Est, dans un système politico-économique non soumis à la « culture de masse » capitaliste mais inféodé aux appareils idéologiques d’État du « socialisme réellement existant », c’est d’abord autour de personnages emblématiques d’une certaine résistance interne au socialisme que naissent et se structurent les formes multiples de la dissidence culturelle, une sorte parfois bien particulière de contre-culture : Wolf Biermann en est la figure la plus visible et la plus ouvertement politique, mais un Heiner Müller (très médiatisé à l’Ouest), un Frank Castorf ou un Benno Besson œuvrent aussi à battre en brèche l’esthétique de la culture théâtrale dominante autant que le système qui la porte. Par ailleurs, les circulations entre Est et Ouest dessinent une géographie culturelle caractérisée par de nombreux tournants et transferts non seulement culturels mais aussi contre-culturels et parfois aussi par le passage du contre-culturel à la culture institutionnalisée comme le manifesteront certains repositionnements après la réunification. Le théâtre façon Castorf mais aussi d’autres formes de travail théâtral, plus ancrées dans l’après-tournant de la réunification comme chez Thomas Ostermeier, René Pollesch ou le trop tôt disparu Christoph Schlingensief, sont le signe le plus visible de nouvelles pratiques contre-culturelles qui à la fois prolongent et relisent celles des décennies post-68.
Les questionnements et re-questionnements sont nombreux et se focaliseront sur des problématiques en mouvement : entre culture et contre-cultures, quel est le positionnement du secteur socioculturel dans le Berlin de l’après-unification ? Vue à travers le prisme des arts, la réunification dont le nom à lui seul programme l’exact contraire, peut-elle relever d’un type d’événement-fracture comparable au mouvement contestataire de 1968 ? La contre-culture est-elle obligée, pour être reconnue comme telle et échapper à la récupération par la culture dominante, d’être dans le renouvellement ou le clivage permanents ? Si le concept de « renversement » paraît en général opératoire pour décrire la contre-culture, comment expliquer, le Mur une fois tombé, le paradoxe de la contre-culture RDA qui semble camper sur son héritage patrimonial, forme d’« ostalgie » peut-être mais surtout, à l’exemple de Castorf, un contre-mouvement à la logique d’effacement des traces de l’existence d’un État et de sa culture que certains (Günther Grass, Christa Wolf) ont pu dire « annexés » ? À une époque où les affrontements sociaux et politiques frontaux, dont les contre-cultures tiraient traditionnellement leur substance, semblent s’effacer ou changer de figurations, le concept d’« infrapolitique » de l’anthropologue James C. Scott, extérieur au mode antagoniste des rapports entre culture dominante et contre-culture, est-il pertinent pour qualifier les formes contre-culturelles des années 1990-2000 (Grips-Theater, Rimini-Protokoll)? Quelles écritures et quelles architectures développent les pratiques artistiques contre-culturelles entre espace public et espaces expérimentaux, dans les souterrains de l’espace culturel et social ?

Programm

Kontakt: Hilda Inderwildi / Catherine Mazellier